On ne peut nier que tout se passe idyllement bien avec Rose. Notre relation est très récente, mais tellement géniale. Je veux dire, je sais que le feeling est bon. Même quand on fait des trucs débiles. Par exemple, l'autre jour, alors même qu'on venait de se mettre ensemble, Clara, sa sœur gentille, nous a sauté dessus pour nous embarquer à la fête d'anniversaire des jumeaux, soit Tate-truc et Ten. Et il a même fait des efforts pour ne pas me tuer, si ce n'est pas fabuleux. Enfin, tout ça pour dire que les choses vont vraiment bien, même avec nos moments stupides. Si vous nous pensez peu aptes à adopter le qualificatif de stupide, je vous signalerais que l'un de nos dialogues les plus intellectuels est en gros quelque chose comme « - Blablabla ...-Gnagnagna- Gnénénénéné – gnignignih.- Bloblobloblobloblo -Trololololol. - Nyan nyan nyan nyan nyan nyan ». Admirez-moi toute la profondeur de ces répliques, la spiritualité qui se dégage de ces paroles....Ehm.

Donc pour le moment, je profite, la tenant près de moi en arpentant les couloirs, tout en discutant de tout et de rien, surtout de rien. Et puis...Cauchemar. Tristesse. Horreur. Monstre à l'horizon.
-Léo, tu tombes bien ! Dit-elle avec son air de gentille grande sœur.
Mon cul ouais, fais semblant de t'en soucier.
-Oh nan, pas toi..., manifesté-je mon si grand enthousiasme.

-Si, moi.
Que de répartie, sérieusement, euthanasiez ce truc, j'en veux toujours pas comme...Soeur.

- Oh. Je suppose que tu es Luz, la soeur de Léonardo. Je suis Rose, enchantée, dit donc Rose en tendant la main.
Luz la serre tout en répondant :

-Bonjour Rose...Oui je suis bien Luz. M'étonne qu'il ait parlé de moi.

- Bah ... La famille c'est important !

-Mouais...dis-je. Et Luz ose répondre la même chose en même temps que moi. La garce.
- Mais siiii, dit-elle avec un grand souriren Je m'y connais, quand même !

Nous avons tous les deux un air peu convaincu.
-Hmm...En tout cas, euh, ravie de voir que tu as une copine Léo..., essaie Luz avec un air tout sauf ravi, mais peut-être est-ce juste le fait de me voir. Ça me fait cet effet-là aussi.

- J'aime pas quand tu joues à l'hypocrite.

- Nan je t'assure, c'est cool que tu arrêtes d'enchaîner les coups d'un soir.
Merci, et tu sais ce qui est encore plus cool ? Quand tu te barres. Je la fusille du regard, et elle me le rend, pendant que Rose rigole :

- Qu'est ce qui te dit que j'en suis pas un ! "
Le blanc qui suit lui annonce qu'elle a fait un sacré flop. Elle se rattrape :
- ... Ok. Blague pas drôle. Désolée ...

-Bah, outre l'humour, la façon dont il te regarde..On voit que tu comptes pour lui!
Mais oui Luz, mais oui, comme si tu t'en souciais, tu dois balancer ça à tout le monde juste pour te faire bien voir. Bon, sur ce coup-là, tu tombes juste, mais tu n'en sais rien.

- Ooooooooow. C'est vrai ?, s'extasie tout de même ma chère et candide Rose.

-Oui, j'avoue en soufflant.
Ce qui me vaut un gros câlin et un :

- Oooooooooow. Tu es trop mignon.
-Bon, commence l'indésirable, je venais pour prendre des nouvelles, apparemment ça va, donc j'y vais.
OUIIIIIII...

- Bah, tu peux rester avec nous un peu ! S'exclame Rose.
-NAN, répond-t-on en même temps.

- Ah ... Comme vous voulez ...

- C'est pas contre toi..., ajoute Luz.

- Ah non, ce n'est pas grave ….
Tout en disant cela, elle OSE me dévisager avec ses yeux de chien battu. ELLE OSE. Argh. Je cède.

-Bon, au pire, reste, Luz, et puis si ça dégénère, tu vires.
Elle a d'abord l'air étonnée que je lui propose de rester, avant de croiser mes yeux meurtriers. Elle soupire avant d'accepter.

- Yeah. C'est cool, dit Roseen sautillant de joie, carrément. On fait quoi du coup ?

-Comme vous voulez, soupire encore une fois ma sœur, sans le moindre entrain.

- Oh. On pourrait aller chez le glacier ! Il fait encore très chaud pour cette période de l'année !

-Pourquoi pas...., je réponds.

- Yeaaaah. Allons-y Alonzo !

-..Doctor Who... Non ? Demande … l'autre.

- YEAH. C'est ça !
Je ne comprends pas comment on peut se montrer aussi heureux en la présence de Luz. Je veux dire, ok, elle a l'air gentille, mais elle est chiante. Enfin, c'est clair qu'on peut pas se piffrer et que derrière ça je l'apprécie, mais je comprends pas quand même. Si je l'aime bien dans le fond...Oui, bon, Rose m'a rendu niais, il faudra l'accepter...bref, si je l'aime bien dans le fond, c'est juste parce qu'on vit sous le même toit avec des liens fraternels imposés depuis des années. Je rumine ces pensées tandis que nous nous rendons chez ce foutu glacier dans une ambiance électrique que ne semble pas remarquer ma si gentille copine. Elle a vraiment l'air de s'être mise en tête d'être pote avec Luz, pire, de nous réconcilier. D'ailleurs, une fois installés à une table et tout, la voilà qui repart à l'attaque :
- Alors Luz ... Dis moi tout ... Il était comment Léonardo quand il était petit ?

-J'sais pas, il est arrivé à 13 ans.
- Ah ... Bah il était comment à 13 ans alors ?

- Grognon, râleur.
Je l'aurais été moins si j'avais pas à supporter une fille pareille, j'dis ça, hein...

- Alors c'est toujours le même Léonardo, dit Rose en souriant, Et en plus j'ai le même ... Voire pire ...

-Arrête, je suis gentil maintenant, bougonné-je.

- Oui. Mais tu es toujours un peu grognon, non ?

-Mais pas autant. A cause de toi, je suis niais.
Au point que je me suis admis à moi-même que j'appréciais un peu Luz. C'est une situation de crise.

- Niais ? Mais non. Au lit, tu n'es pas niais !

-Epargne-moi ce genre de détails, merci, soupire Luz.
Et je suis à deux doigts de rétorquer qu'elle n'avait qu'à m'épargner les bruitages de ses ébats à elle, mais Rose me devance avec un air un peu penaud :

- Oups. Désolée ...

- Pas grave..., répond avec tellement de conviction la chieuse.

- C'est juste que j'ai tendance à dire tout ce que je pense à voix haute et cela peut être très génant ... Enfin bref ... Parle-moi un peu de toi.
Ah bah on va aller très loin avec un sujet pareil hein.

- Rien à dire...
Voilà. La preuve.
- Vraiment ? J'aimerais bien apprendre à te connaitre un peu ...

-Je suis pas intéressante.

-C'est le moins que l'on puisse dire.
Et je me mange un coup de coude. Aïe, elle est violente 'tain !

- Roh mais non faut pas dire ça ! Il peut bien y avoir des trucs à dire.

- Tu veux savoir quoi exactement ?

- Je sais pas. Tu fais quoi comme études ?
Glandage, glandage, glandage. C'est tellement productif, ses activités. Mais vu ce que je viens de me prendre dans la tête, à savoir un maigre mais puissant petit coude, je vais éviter de m'exprimer de nouveau.

-J'en fais pas vraiment..

- Ah ... Tu fais quoi du coup ?

- ...Je joue du piano.
Tu massacres du piano, ouais...

- Vraiment ? Moi aussi ... Entre autre. Tu as pense à rejoindre le conservatoire de musique classique ?

-Nan, j'aime pas ce genre de cours...Je suis plutôt autodidacte.
Autodidacte, c'est quand on apprend par soi-même. Ap-prend. A savoir, s'améliorer.

- Oh c'est comme tu veux., répond Rose, un peu moins enjouée : Moi je trouve que ça permet d'appronfondir nos capacités et nos connaissances. Et ça peut aussi t'ouvrir pas mal de portes ...

- Je joue du piano à partir de ce que faisait ma mère en fait, c'est surtout pour ça que j'aime, je veux pas perdre ça.
Et voilà. Et, voilà, qu'elle, évoque, encore, ça. Quand elle parle avec des gens, c'est comme si elle ne pouvait pas s'empêcher d'en parler un moment ou un autre. Moi, mes parents m'ont abandonné, est-ce que je le rabache à toutes les sauces ?
- Oui, on sait, ta mère est morte, on est au courant, craqué-je.

- Léonardo ! On ne dit pas des choses comme ça !, Rose semble scandalisée.

- Il en dit depuis longtemps, tu sais" ironise l'autre malotrue.

- Si elle arrêtait de le ressortir toutes les trois secondes, ok c'est triste, mais...

- Y'a pas de mais ! Perdre un membre de sa famille est quelque chose qu'on ne peut pas oublier …
Elle parle en connaissance de cause, du coup j'ai intérêt à faire gaffe à ce que je dis, histoire de pas gaffer.
-Je ne dis pas qu'elle doit l'oublier, mais qu'en parler toutes les trois secondes est juste pénible.

- Je suis sûre que tu exagères …, tente Rose.

- Nan

- Si, rétorque môdame la pauvre petite orpheline de mère obligée de le crier à tout va pour se sentir exister.

- NAN.

- SI.

- Arrêtez de vous disputer, intervient Rose.
Ah là là...Rose, tu montres peu d'autorité.

- Comme papa, ironise Luz.

- Eh bien votre père a raison !

- Il sert à rien, je marmonne.
En fait, comme vous l'avez peut-être remarqué, j'exagère beaucoup là-dessus. Mais je suis un peu énervé contre la « famille », là.

- C'est toi qui sers à rien..., crache l'autre.

- STOP. Tout le monde sert à quelque chose, sinon les humains n'existeraient pas !
Rose, tu es vraiment trop innocente et candide pour ce monde.

- N'entrons pas dans ce débat, soupire (encore) Luz.

- Comme vous voulez ...

- Moi je m'en fous", décrété-je.

Rose soupire à son tour, semblant se demander si ça vaut la peine d'essayer de nous voir nous entendre. Disons qu'on s'entend bien quand il s'agit de ne pas nous entendre, de ne pas s'accepter en tant que membres de la même famille, ou bien pour la descendre. Ça, y a vraiment pas de soucis.

" Vous êtes tout les deux bornés ..."

- Nan, dit Luz.
Et pour l'appuyer, je réponds de même :

- Nan.

- Oh que si. Ça doit être de famille ...

- On est pas de la même famille, rétorque-t-on en choeur.

- Ah non ! Je ne suis pas d'accord avec ça ! Comme le disait ma mère " Les liens du coeur peuvent être parfois plus puissant que les liens du sang ! " et elle savait de quoi elle parlait, elle avait des cousins adoptés et les considérait comme des membres à part entière de sa famille !

Ma prétendue sœur inspire avant de prendre la parole. Elle est moins méchante que moi, alors sans doute trouvera-t-elle des mots bien pour exprimer ce qu'on pense tous les deux.
- Ta mère est quelqu'un de bien, ses cousins devaient être des gens bien, mais je ne considère pas Léo comme un frère et c'est réciproque."

- J'ai pas l'impression que vous faites des efforts aussi ...

- On s'entend pas et ce depuis des années.
J'approuve silencieusement.

- Bah. J'abandonne. J'ai l'impression de pisser dans un violon.

-Quelle expression...

- Cette expression est très bien ...

- Bon, sur ce, moi je m'en vais, déclare ma sœur.

- D'accord. Enchantée de t'avoir rencontrée Luz ...

- Contente moi aussi..J'espère que tu arriveras à supporter Léo.
Comme si c'était difficile de me supporter.

- C'est plutôt lui qui doit me supporter, répond en riant Rose.

-Je te supporte pas, je t'adore, nuance, protesté-je.

- Il faut être fou pour m'adorer ...

- Alors je suis complètement taré.
Je jure solennellement être fou à lier, même.

- On s'accorde bien alors.

Luz paraît gênée. Tant mieux ! In your ass, bitchhhhhh.
- Alors sur ce, je vous laisse...

- Au revoir Luz ! J'espère qu'on se reverra !

- Hmmm, oui j'espère aussi...

- A bientôt , dit Rose avec un grand sourire

- A bientôt...

Une fois Luz partie, Rose se tourne vers moi.
- Elle est ... Sympa.

Bah, elle peut l'être. C'est vrai que Rose n'a pas eu une super impression, là. Pour lui prouver que je ne suis pas qu'un monstre avec ma sœur, j'essaie vaguement de défendre cette dernière :
- Froide à cause de moi.
Parce que c'est vrai. Moi-même je suis froid quand on me présente quelqu'un par le biais de Luz. J'ai envie de montrer qu'elle n'est pas la fille parfaite que tout le monde semble croire qu'elle est, et quand c'est pas ça, j'ai juste pas l'envie d'être aimable.

- Faut pas dire çaaaaaa, psalmodie mon interlocutrice.

- Mais c'est vrai.

Elle se pose sur mes genoux et je pose mes mains sur sa taille pour la maintenir, tandis qu'elle essaie de me convaincre :
-Non, je dis que c'est faux. J'aime pas quand tu as une mauvaise estime de toi ...

- J'ai pas une mauvaise estime de moi, c'est juste qu'on se déteste.
Nan parce que si moi j'ai une mauvaise estime de moi, alors le monde ne tourne plus rond.

- J'aime pas ça …, me dit Rose.

- Et pourquoi ?

- Parce que la famille est quelque chose d'important. Il ne devrait pas y avoir de tension ...

- C'est pas ma famille..., répété-je encore.
Je dois avoir l'air d'un monstre, mais je n'ai pas de complicité avec eux. De ce fait, on n'est pas vraiment une famille. Et cela fait soupirer Rose :

- Bon ... Je pennse que je finirais par comprendre ...
Elle a vraiment l'air désespérée, la pauvre.

- J'espère.

Elle fait la moue.

- Roooh, allez, tu vas pas bouder pour ça, quoi...,je râle.

- Moui ...

- Ç'a toujours été comme ça avec ma soeur, tu sais..

- Bah ... Je laisse tomber ... Mais ... Promets-moi que tu vas faire des efforts pour arranger la situation ...

-Oui mais nan..., je refuse aussitôt.

- Même pas pour moi ?

-...Raaaah mais tu le fais exprès.

- Bon .... D'accord j'arrête.
Son regard indique tout le contraire.

-Mais nan mais...

- Mais ?
Elle conserve son air tout triste de petit chiot.

- Mais me fais pas cette tête-là !
- D'accord.
Sauf qu'elle continue, la bougresse.

- Mais arrête !

- D'accord ... J'arrête ...

-Merci.

- Tu veux faire quoi du coup ? Me demande-t-elle.
Pas d'idées à vrai dire. Ma sœur m'a pompé toute ma bonne humeur.

- Comme tu veux...

Elle se dote d'un petit sourire malicieux, tout en susurrant :
- J'ai bien une idée...

Et cela avec un petit regard, plein de sous-entendus. Ho ho ho...

- Ça ma va, je réponds aussitôt.

Elle rigole :
- Allons-y alors.

-Let's go.


Quand je vous disais que tout allait au mieux. Même l'autre ne m'a pas gâché le moment présent ! 


Keukouw l'amour fraterneeeeeel. Nan en vrai, Luz est une grande soeur très soucieuse *tousse* qui se préoccupe tellement de son frère *tousse*. Bon, ok, ce sont deux gros tsunderes (soit deux personnes qui refoulent leurs émotions derrière de l'agressivité uesh) mais ils s'aiment dans le fond...Dans le trèèèèès lointain fond....