Le froid de la cuisine la saisissait, mordait ses cuisses que sa tenue dévoilait sans pudeur.

C'était un matin comme les autres, dans la maison perdue dans les bois, un matin où encore une fois elle se demandait mécaniquement comment allait Laël, un matin où pour une fois les gosses ne chouinaient pas trop tôt, un matin où elle était seule dans les pièces de vie commune. Et pourtant, un mauvais pressentiment lui trottait dans la tête, se mêlant à son impression de tranquillité. N'en ressortait qu'un étrange goût dans la bouche, qui la dégoûtait même de l'idée de manger. Tant pis, elle allait carburer au café. Ce n'était pas comme si elle mangeait beaucoup le matin de toute façon....

 

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Le regard perdu à la fenêtre, elle mit trois bonnes secondes à remarquer Maxime, qui s'immisçait dans son champs de vision, lui arrachant un sourire. Elle lui fit signe, et lui aussi.

Pourtant, il ne vint pas les voir comme à l'accoutumée. Il avait sans doute à faire...Elle soupira. De toute façon, ça se mettait à brailler dans la nurserie. Elle se leva sans enthousiasme, coupant le contact visuel avec Maxime, abandonnant son café et laissant ses cuisses affronter la cruelle fraîcheur de l'automne.

 

 

 

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- Léonie, on ne fou...met pas ses doigts dans la bouche de Maman.

 

Elle se retint d'ajouter "sinon elle va mordre", pourtant ça semblait si vrai. Plus ça allait, plus Luz était irritée. Elle leur en voulait presque à ces gosses. Elle en voulait à tant de gens. Pourtant, c'était pas leur faute, si elle était impliquée dans ce putain de legacy. En soi, elle avait une destinée toute tracée avec nourriture, toit, argent...Sa mère adorait cette condition. Sa mère aurait adoré la voir mère à son tour, lui disait-on parfois, surtout cette voix au fond de son cerveau.

Digne héritière, c'était tout ce qu'elle était censée être. Génération cinq. Gosses, elle en avait fait d'ailleurs, des gosses ! Une dont personne ne connaissait l'existence, dans le coin, et un qui avait chopé un putain de virus bizarre, une dont elle devait trafiquer les yeux, trois sur cinq étant de son grand amour vraisemblablement à sens unique, les deux autres de son mari qu'elle n'aimait pas et qu'elle n'avait plus envie de faire semblant d'aimer.

 

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Lucas s’aplatissait devant les peluches, discutant avec un lapin, tandis que Lyuba se prenait vraisemblablement de passion pour un meuble. Elle aurait pu s'émerveiller, mais voilà. Elle ressassait le tout.

Elle n'aurait pas de happy end, de toute façon. Cette option s'était rayée toute seule et maintenant... Il n'y avait plus que la fin médiocre et la fin catastrophe, et, si elle avait incroyablement peur de cette fin catastrophe, elle ne pouvait supporter le joli destin médiocre.

Si sa mère avait été vivante, si elle avait fait d'autres gosses - mieux qu'elle, peut-être pas bruns, avec les yeux de Pablo ? - elle n'en serait sans doute pas là. Qui aurait voulu de Luz de toute façon ? Pathétique, insipide. Une belle gueule, et ça s'arrêtait là. Elle eut un rire jaune, qui effraya presque Léonie. Un rire cassé de boîte à musique fêlée. Un rire d'échec total.

 

Elle passa plusieurs heures, là. Léonie reposée au sol courut avec son frère pour jouer, et seulement lui. Comme si Lyuba lui faisait peur. Elle était souvent seule, cette fillette. Et ce n'était pas Luz qui s'en plaindrait. Les gens prenaient ça pour acquis. Une gosse qui aimait être seule, après tout, pourquoi pas. C'était vrai que Léonie et Lucas étaient turbulents, peut-être trop pour elle. Castiel prit vite la relève.

 

***

Elle errait dans la maison, sans savoir trop où aller alors même qu'elle était chez elle. Tout ça, c'était pas elle. C'était le legacy. C'était pas elle. C'était sa mère. Sa mère, qu'elle avait envie de détester. Encore et encore et encore. A qui elle avait envie de cracher sa haine, son ressentiment. Elle avait envie qu'on lui gueule qu'elle se plantait complètement, qu'elle ratait tout; parce qu'elle aurait explosé. Mais elle avait peur, bien trop, et elle se haïssait. Froussarde, lâche, égoïste, mais que dirait sa mère encore...Sa...chèèère mère... Putain ce qu'elle avait envie de voir Max et de lui dire qu'elle l'aimait, qu'elle avait tout raté, qu'elle n'arrivait même plus à être désolée et qu'elle avait tellement besoin de lui. Parce que oui, avant tout, elle avait besoin de lui. Elle ferma les yeux, ressassant cette nuit magique qu'ils avaient passé, se sentant toujours plus pitoyable/

 

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Son téléphone vibra alors dans sa main, l'effrayant presque, au point qu'elle manqua de le faire tomber. Enfin. Elle le rattrapa et le porta à ses oreilles.

C'était Prudence, et elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait peur.

 

Et les mots dans ses oreilles avaient des échos effroyables. Elle ne comprenait pas d'abord, et puis... non. Non. Son corps semblait rompre toute logique et fonctionner par lui-même par une mécanique bien étrange - son coeur battait trop fort bien trop fort ; ses jambes tremblaient et ne savaient plus comment la porter - plus comment la soutenir et ses mains tremblaient si fort qu'elle eut peur de lâcher le téléphone. Elle ouvrait les lèvres mais sa langue lui semblait si pâteuse et ce bruit sourd dans les oreilles l'empêchait de savoir si elle parlait.

 

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Max, mort. Et sa faute. Sa faute à elle. Sa faute à elle, encore à elle, toujours sa faute à elle.

Max. Mort. Mort.

 

 

Plus rien ne répondait, et elle était là, au sol, définitivement cassée, brisée, achevée.

 

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JE VOUS AIME FORT HEIN

 Neikka s'enfuit