Elle tiqua lorsqu'elle vit cet énergumène s'engouffrer dans l'établissement, suivi de moutons sans originalité, avides de sa reconnaissance. Elle remit en place une mèche blanche derrière son oreille, sous cette large capuche. Pourtant, il ne pleuvait pas, mais voilà : il risquait...Et elle n'avait pas envie d'attirer sur elle des regards ahuris.

 

Lua se moquait bien des jugements d'autrui...C'était juste une perte de temps inutile. Elle avait vécu chez les Verlier après tout, cette famille en décalage avec les normes et les convenances. Et puis, elle n'y pouvait rien si elle était née avec des cheveux blancs et des yeux rouges.

 

Enfin. Elle n'allait pas repenser aux Verlier : ce serait s'avouer que Thémis lui manquait, que tous lui manquaient. Ce serait en vouloir encore plus à Ezrahan. D'ailleurs, si cette dernière la trouvait là, elle rirait bien. "Tu dis que tu ne veux rien avoir à faire avec eux, mais ça t'éclate de les épier comme une obsessionnelle". Elle avait de la chance de pouvoir bloquer le don de traque d'Ezra, parce que celle-ci l'agaçait au plus haut point.

 

Les Besson. Une famille misérable aux allures idylliques, disait la démone. Aux apparences normales, partie de rien, apparue soudainement dans plusieurs villes, de plus en plus riche...Et sous la jolie couverture, une cinglée en cage dans sa maison, des gosses paumés dont elle aurait pu faire partie. Voilà ce qu'ils étaient si on s'en cantonnait à ce monde-ci. Oui, mais voilà : ce monde-ci était en pleine auto-destruction, singeait Ezra, et selon elle, il n'y avait pas que ça chez les Besson. Il y avait ces pouvoirs gâchés, ce déni de leurs pouvoirs, il y avait tout ce sur quoi ils avaient craché. Il y avait Loïc, dépossédé, Chilah l'amnésique, Lilou qui tut ses pouvoirs pour mieux les perdre et mourir avec ses secrets dans la tombe...Il y eut Luz, l'échec total...Alors évidemment, il fallait expulser cette magie. C'était la théorie d'Ezra pour sa naissance : l'expulsion du sang imprégné de magie. Ainsi, il était normal que Luz ait fait le choix de la dégager, elle. Elle était le parfait bouc émissaire, elle était l'abandonnée.

 

Ce qui était ironique et qui, selon elle, remettait totalement en cause la théorie de la démone aux cheveux violets, c'était cette absence totale de magie. A vrai dire, Lua la faisait fuir comme la peste. C'était précisément pour cela qu'Ezrahan avait besoin d'elle ; elle était ce parfait bouclier : elle bloquait toute attaque.

Sauf physique bien sûr, et c'était bien cela le deal qu'elles avaient fait : Ezra instruisait Lua qui la défendrait de tout contact indésirable, Ezra garantissait sa survie physique tandis que Lua...Eh bien, supportait le sarcasme et l'arrogance de la démone, qui se targuait d'avoir tout vu, et de tout savoir encore.

 

Elle fit demi-tour, la façade du bâtiment n'étant que peu attrayante à ses yeux. Lucas Besson...Ils se ressemblaient très vaguement - le teint, la forme du visage. Il était tout son opposé pourtant, ce brun aux yeux bleus superficiel. Complètement débile aussi, selon elle. Mais beaucoup de gens l'étaient également, toujours selon elle, alors sans doute n'était-ce pas si facile à déterminer.

 

Toujours était-il qu'elle éprouvait pour cet être un genre de dégoût acre qui restait dans la bouche. Il l'agaçait terriblement. C'était donc ça, sa famille biologique...Son coeur se serrait malgré elle, comme à chaque fois qu'elle y pensait : et, fermant les yeux quelques secondes, elle songea comme il était bon tout de même d'être seule : seule avec Ezra, Ezra qui la protégeait malgré tout.

 

Finalement, elle parvint devant la ruelle où se terrait la démone. Celle-ci lui apparut, un sourire narquois aux lèvres. Elle était plus petite que Lua, pourtant, elle faisait terriblement plus imposante, avec ses cheveux violets sauvagement tressés, et sa tenue sombre au cuir insolent - qui, au passage, ne semblait pas vraiment adaptée au combat.

 

- Tu étais partie te promener ?

 

- ...Ouais.

 

- C'est drôle parce que...Ça fait plusieurs jours que tu pars à cette heure-là.

 

Ezra, toujours aussi...Insupportablement perspicace.

 

- Et alors ? C'est une bonne heure de promenade.

 

- C'est aussi une bonne heure où les collégiens rentrent dans le collège. Surtout Lucas Besson.

 

- Peut-être que je n'allais pas par là, dit Lua d'un ton dénué d'émotion.

 

- Je croyais que tu trouvais ça encore plus pénible que quand je te parlais des prophéties ?

 

- Je croyais que tu étais capable d'être calme, respectable et j'en passe.

 

- Date d'expiration dépassée.


Lua se contenta de soupirer. C'était une démone qui l'avait prise sous son aile, oui, mais une démone pénible, qu'on avait terriblement envie d'égorger, parfois. Et puis, et puis...Elle se sentait seule, des fois. Pas beaucoup, mais un peu.

 

Etait-ce ça, le destin d'abandonnée ?

 

 *

 

- Je te le jure, disait-elle. Il était là, juste là ! E-et il m'a dit...Que j'étais pathétique. Quand je l'ai appelé...Et il est reparti.


Lucas soupira.

Sa mère était encore en proie aux larmes et sans doute à quelques hallucinations, ce genre de trucs qui serraient la gorge – un peu trop fréquents, et qu'il affrontait sans rien dire. Ce genre d'habitude âcre qu'on ne questionne même plus.
Elle ne pouvait formuler le moindre mot, toute à ses sanglots. Lucas ne savait trop quoi faire, n'osant pas la toucher : ça empirerait simplement les choses.

- Tu veux un café ? Demanda-t-il naturellement.

Il n'était pas expert après tout, mais il savait que ce pourrait lui faire du bien. Elle s'arrêta soudainement de gémir, et leva ses yeux vers lui. Barrés de mèches folles, ils étaient à la fois vides et pleins de ce désespoir absurde. Elle avait le teint toujours plus pâle, les joues toujours plus creuses, et Lucas ne put s'empêcher de détourner les yeux : elle lui inspirait la vision d'un cadavre ambulant.

- Regarde-moi, d'accord ?

Lucas la regarda donc, un peu à contre-coeur. Elle posa ses mains sur ses joues, se redressa légèrement sur son lit défait et posa un tendre baiser sur son front, avec cette douceur toujours empreinte de cette folie sereine.

- Tu lui ressembles, tu sais ? Tu es beau, et tu es gentil.


Elle lui sourit, et il le lui rendit, de façon moindre. C'était beau comment le store striait son visage de noir : et comme elle le regardait là, posée sur son lit comme une reine abritée du monde, et les draps gardaient la forme de son corps recroquevillé : elle y passait trop de temps. C'était quelque part son devoir à lui, n'est-ce pas ? De l'aider à ne pas empirer les choses. D'être là, quand plus personne ne l'était vraiment pour elle.

 

Il lui offrit un sourire plus complice, mais soudainement des pas se firent entendre, puis une ombre aperçue le fit crisper les lèvres. Le visage de Léonie, enfin, perçut l'embrasure de la porte – elle rentrait simplement. Elle jeta un coup d’œil à la scène, puis voulut poursuivre sa route, mais Lucas l'apostropha.

- Qu'est-ce que tu fais-là, toi ?

Elle le fixa, silencieusement d'abord. Elle aurait pu (dû?) répliquer. « Je rentre chez moi à vrai dire ». Mais les mots lui échappaient.

- Je m'en vais, fais pas attention, répondit-elle d'une petite voix.

La mère, cachée et protégée par le fils, la dévisageait d'un regard noir. Quel accueil.

Ainsi, elle détala, puis grimpant les marches deux par deux et atteignant sa chambre, s'écroula sur son lit, abandonnant au passage son sac près de son bureau jusqu'au lendemain matin. Elle s'empara de son portable, qu'elle consulta en souriant.

 


De : Michelle

DEVINE QUI A OUBLIE SES CHAUSSURES EN SPORT ?

De : Michelle
Des gros tas de muscles sans cervelle bloquent l'accès au vestiaire. Besoin de faire trente centimètres et 40 kg de plus svp.

De : Michelle
Ok c'est des relous

De : Michelle
PTN JE MEUR

De : Michelle
compati stp

De : Michelle
s*
De : Michelle
Mission réussie, évite le mode ventilateur par contre merci. 


 

 

Michelle était sans aucun doute ce que l'on pouvait appeler une amie. Dans sa classe depuis la sixième, elle n'avait pourtant décidé de se rapprocher d'elle que très récemment. Exubérante avec ses cheveux teints en lilas, elle attirait sur elle attention et parfois agacement, souvent même. Irascible, excentrique, à la limite de l'hystérique, elle énervait, oui. Mais comme elle s'était prise d'affection pour Léonie, celle-ci n'allait pas s'en plaindre. Michelle les voyait comme liées, toutes deux, face au monde entier – empli de cons disait-elle plus exactement – et la défendait envers et contre tout. Et la faisait rire aussi d'ailleurs, mais c'était souvent sans le vouloir. C'était son amie.
Pas comme Ethan.

La musique de Lyuba vint soudainement lui frapper les tympans : elle la mettait toujours si fort. Ah, Lyuba. Personne ne lui dirait de baisser le volume. Personne ne lui posait jamais vraiment de limites, comme pour Lucas. Quand lui virait mégalo, elle escaladait les décibels. Et Léonie, eh bien...on lui gueulait de dégager quand elle rentrait à la maison. Pourquoi pas.

Leur mère n'était pas un modèle, vraiment. Parfois prise d'accès de lucidité, voire même souvent (mais jamais face à elle, sinon ce n'était pas drôle) Luz voulait. Achetait les vêtements, le matériel, payait les taxes et jouait à la maman avec brio. Elle faisait le ménage aussi. Il valait mieux vu la piètre motivation de ses enfants – et ce n'était pas le vague souvenir de Castiel qui le ferait, de toute façon.

C'était toujours un peu sec, poussiéreux car il avait trop à faire, et qu'elle n'y avait plus goût, à ce rôle de ménagère mille fois endossé, de force ou de gré.

Il lui arrivait d'être hantée par des fantômes qu'elle seule voyait. La plupart du temps, c'était Maxime. Parfois, Mélodie. Sa mère. Son père. Des morts, des vivants, tant de spectres pour la mépriser, la huer, l'abandonner : et ses rires, ses cris, ses larmes, des pas hagards ou des soudaines envies d'être belle, d'avoir cette maison ravissante de conte de fée...

Luz leur faisait peur.

Et pourtant, ils n'étaient pas si seuls : il y avait encore la pension alimentaire d'un Castiel las, l'héritage imposant d'une famille presque illustre et dans l'air, le nom Neikka qui planait.
Et pourtant.

 


 

De : Ethan

Tu as vu les infos ?

 

À : Ethan

Séisme, inondation ou éruption de volcan ?

 

De : Ethan

Guerre civile

 

À : Ethan

Y en a déjà plein

 

De : Ethan

Il paraît qu'avant, c'était pas pareil.

 

À : Ethan

Il paraît.
vu : 18:02

 


 

                                                                                                              le vide absolu

Bac ? Kékécé ? 

En vrai. J'ai trop d'idées, d'envies et je dois faire le tri, et je sais absolument pas comment gérer tout ça. J'espère que ça tient la route et si vous voyez des fautes, faites-vous plaiz. 

 Sinon, c'est le retour de deux personnages sympathiques je l'espère, le point sur Luz, la découverte de Léonie et ses potos, eeeeeet... des trucs qui servent à rien. Des indices très subtils ou quoi, et j'en passe.

Et puis eh bien...Voilà :') j'aime pas laisser les intrigues en plan, même les plus vieilles -- bref. 

J'avais oublié ce que c'était que le vide absolu sans collaborations et un scénario malléable à souhait. Pour autant, je me suis posée des objectifs et je n'ai pas l'impression de les respecter : je ne suis pas objective du tout ceci dit. Ou alors trop mais ;; 

Je compte vraiment pas lâcher ce legacy. C'est l'hécatombe alentour dans le genre, mais les Besson sont des survivors grâce à la technique du yolo-freestyle et ça compte pas s'arrêter comme ça, aussi morts soient les legacys autour, aussi inaccessible soit mon jeu. Et aussi proche soit le bac mais ça m'voyeeeeeez...Ehm. Ehm, ehm, ehm. 

Ca n'a pas de sens mais il paraît que je fais dans le genre teubé, alors continuons ainsi c:

Je sais vraiment pas quoi dire, il fait gris, moche, vide, lourd, inondé et juin et c'est un mélange très nul. Je vous aime ♥